Du placement des journalistes dans les salles d’audiences

En France, le schéma d’une salle d’audience correctionnelle est immuable et comme suit:

*Face à soi, en entrant, les trois juges qui composent le tribunal. Devant eux, la barre où s’avancent les prévenus qui comparaissent libres.

*Sur la gauche (soit à la droite des trois juges), au même niveau, l’estrade où se tient le représentant du Ministère public, c’est-à-dire l’accusation. En contrebas, les bancs de la partie civile.

*En vis-à-vis, sur la droite donc, le box des prévenus et le banc de la défense, au même niveau de hauteur que celui des parties civiles.

Un p'tit dessin vaut souvent mieux qu'un long discours

Et la presse dans tout ça ? Sa fonction (relater un débat contradictoire) impliquerait un placement neutre, au centre de la pièce. Vous aurez compris l’impossibilité de la chose. Pas de siège pliant dans la travée du public.

Au tribunal d’Angoulême

Aux premières loges

Les journalistes sont donc généralement placés côté gauche, avec l’accusation et les parties civiles. À Lille, le banc de la presse est au premier rang du public. À Angoulême, il jouxte l’estrade de l’accusation. Les rédacteurs sont donc entourés d’un côté par le procureur, de l’autre par les avocats de la partie civile.

Pour ce qui est du dessin, c’est la meilleure place: l’on peut guetter les moindres réactions du prévenu, face à nous lorsqu’il comparaît détenu, de trois-quarts quand il s’avance libre à la barre. Idem pour un compte-rendu écrit, où l’on peut relater sans déperdition les attitudes, des plus grossières aux plus subtiles.

Sur un plan strictement déontologique, c’est autre chose. Car, par commodité, l’on récolte plus volontiers les opinions de ceux que l’on a à sa portée.

Proximité de l’accusation

À Angoulême, le représentant du parquet vient systématiquement serrer la main des journalistes en début d’audience. Facile pour lui, il n’a qu’à se pencher. Il m’arrive de l’avoir eu au téléphone quelques jours plus tôt, si j’assurais la permanence faits-divers. Un jour que je me présente à un vice-procureur, celui-ci acquiesce à mon nom: « Ah oui, je vous ai parfois au téléphone! »

Le moment est idéal pour demander à l’accusateur, souvent avare de commentaires, une précision sur telle ou telle audience. Il se peut aussi qu’il le fasse spontanément. Après une affaire de violences conjugales, le chef du parquet d’Angoulême, qui siégeait en personne, a profité de l’occasion pour nous faire part des statistiques de son parquet en la matière.

Les avocats, eux, discutent volontiers. C’est dans leur intérêt. Un après-midi, arrivée en cours d’audience, j’ai demandé un résumé des débats à mon voisin en robe. Avocat de la partie civile, il m’a fait lire le PV et commenté l’affaire à la suspension d’audience. De son point de vue.

Inaccessible défense

Et la défense? Son accès, de l’autre côté du no man’s land, m’est lui impossible. À la suspension d’audience, les prévenus quittent le box par la porte des geôles, ou filent avec leur défenseur à l’extérieur du prétoire. Dans ce dernier cas seulement, il est concevable de happer un prévenu comparaissant libre dans la salle des pas perdus. Encore faut-il savoir qu’il en est un, si son affaire n’a pas encore été jugée. Vous voyez le tableau? « Excusez-moi, monsieur, vous êtes mis en cause dans une des affaires? » (Silence gêné) « Euh, non… En fait, je suis partie civile. »

Bref. Je n’irai pas jusqu’à dire que du placement du journaliste dépend son objectivité, car l’objectivité est pure fiction. Mais qu’il n’ait aucune incidence sur sa perception de l’affaire? Rien n’est moins sûr.

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