Plaidoirie pour les abîmés de la vie

Ses récits font fureur sur le Web, l’exercice du papier n’en est pas moins réussi. Plus ciselées, les histoires de Maître Mô perdent légèrement en spontanéité, mais rien de leur force, dans son recueil de nouvelles Au Guet-Apens.

La Table Ronde, 250 p., 21€.

C’est une galerie de gueules amochées, écornées par une chienne de vie, qui défile dans le cabinet et au fil de la plume de Maître Mô. Femmes, hommes, petits, gros, insignifiants, dégueulasses, moches, faibles, humains, en somme.

Ce qui les lie ce sont les maux, assénés ou subis, parce que c’est cela, le métier d’avocat, recevoir avec indifférence victimes et mis en cause (qu’ils soient d’ailleurs coupables ou innocents). Et écouter. Et aider.

Et on se surprend à compatir avec le monstre que la presse et la classe politique aurait promptement jeté en pâture, tout simplement parce que ce qui perce de la plume de Maître Mô, c’est l’humanité, la sensibilité, la tendresse même, avec laquelle il dépeint ces existences plus cabossées que la moyenne, cette fresque d’une Cour des miracles du nouveau siècle, cette misère la plus crasse, matérielle, intellectuelle ou morale, aussi hideuse soit-elle, et qui nous laisse au fond de la gorge un amer goût de nausée.

La fierté d’être avocat, entre douleurs et déboires

C’est aussi, en filigrane, la chronique d’une profession, l’une des plus difficiles qui soit, coincée entre la rigueur théorique du droit et l’exploration sensible de l’âme humaine, et la morale qu’il faut parfois forcer au nom de grands principes – celui d’assurer une défense, coûte que coûte, parce que tout homme, en dépit de ses actes, y a droit, c’est ainsi. Et Mô n’en cache rien, de son métier d’avocat pénaliste, entre fierté, douleurs et déboires. Les nuits blanches, le café noir, la tension nerveuse et les clopes, la boule à la gorge avant une plaidoirie, l’intime conviction de l’innocence qui parfois vous explose à la figure, les pieds qui s’emmêlent dans la robe, la préparation d’une défense comme un coach avant le match, l’amitié des confrères, les relations plus tendues avec les magistrats, la famille du client qu’il faut réconforter, les larmes qui s’échappent à l’énoncé d’un verdict, parce que ce gars dans le box, après des mois et des mois, on avait fini par fondre son destin dans le sien.

Et c’est ce qui fait la force de ces récits judiciaires vécus de l’intérieur, que les chroniqueurs, spectateurs d’un instantané du dossier, ne peuvent saisir… Frustration dont je sais quelque chose !

À lire aussi : l’interview de Maître Mô sur ce blog.

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